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A/ ՀԵԹՈՒՄ ԹԱԳԱՒՈՐ ՀԱՅՈՑ (Hétoum roi des Arméniens)
Hétoum Ier couronné et drapé, trônant de face, tenant un sceptre fleurdelisé de la main droite et un globe crucigère de la gauche ; trône à quatre pieds.
R/ ՇԻՆԵԱԼ Ի ՔԱՂԱՔՆ Ի Ս[ԻՍ] (Frappé dans la cité de Sis)
Croix aux extrémités bouletées, cantonnée de quatre olives ; au centre, mention de la frappe dans la ville de Sis.
Ø 30 mm ;
8,44 g
Réf : Bedoukian 1297 ; L. pl. VI, n° 3
Bel exemplaire, bien centré, présentant un revers particulièrement lisible. L'usure est régulière et la surface est rehaussée d'une patine foncée mêlée de dépôts sableux, typique des cuivres médiévaux orientaux — patine qui confère à la pièce un caractère authentique et un charme indéniable.
Ce tank appartient à la dernière phase du règne d'Hétoum Ier, à partir de 1244, période durant laquelle le royaume d'Arménie cilicienne s'émancipe de la tutelle du sultanat de Konya. Par son grand module — 31 mm — il s'impose comme l'une des émissions les plus monumentales du monnayage cilicien en bronze, et offre au droit un espace suffisant pour déployer une composition iconographique d'une rare richesse.
L'iconographie du droit associe la représentation frontale et solennelle du souverain — inspirée des modèles byzantins et latins — à un programme de légitimation politique fort : le sceptre fleurdelisé renvoie aux influences occidentales et croisées absorbées par la cour cilicienne, tandis que le globe crucigère affirme la dimension chrétienne et universelle du pouvoir royal. La posture frontale, héritée de la tradition byzantine, confère à l'effigie une autorité hiératique que les monnaies de profil ne peuvent égaler.
Au revers, la croix aux extrémités bouletées, cantonnée de quatre olives, constitue un motif chrétien aux résonnances liturgiques. Les nombreuses variantes connues pour ce type de revers témoignent d'une production soutenue et d'une iconographie en constante évolution au fil du règne. Ces monnaies constituent un jalon essentiel pour comprendre l'affirmation politique et religieuse de l'Arménie cilicienne au XIIIe siècle, et sont aujourd'hui recherchées par les collectionneurs spécialisés dans la numismatique des États croisés et de l'Orient médiéval chrétien.
Hétoum Ier (1226–1270) — Monté sur le trône à la suite de son mariage avec Zabel, héritière du royaume, Hétoum Ier régna sur l'Arménie cilicienne pendant plus de quarante ans. Son règne se divise en plusieurs phases, marquées dans un premier temps par la domination du sultanat de Konya, puis par un retour à une pleine souveraineté à partir de 1244. Cherchant à sécuriser son royaume face aux puissances musulmanes environnantes, il entreprit en 1253 un voyage diplomatique jusqu'à Karakorum, la capitale mongole, où il obtint du Grand Khan Möngke des garanties de protection pour les chrétiens d'Orient. Cette alliance avec l'Ilkhanat mongol fit de lui un acteur stratégique majeur du Proche-Orient médiéval. Il sut maintenir l'équilibre du royaume entre influences byzantines, latines et orientales, faisant de la Cilicie arménienne un carrefour politique, commercial et culturel de premier plan. Il abdiqua en 1270 en faveur de son fils Léon II et se retira dans un monastère.