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A/ Anepographe
Tête tourelée de Tychè à droite.
R/ TAPΣEΩN.
Sandan debout sur le dos d'un lion-griffon cornu à droite, entre deux omphaloi ; l'ensemble posé sur un autel garni de guirlandes, sous un baldaquin pyramidal.
Ø 21,2 mm ;
6,28 g
Réf : SNG von Aulock 5977 ; cf. SNG Cop. 340
Suêrbe exemplaire revêtu d'une profonde patine vert foncé homogène, d'une belle régularité. Charmant portrait tourelé de Tychè au droit, revers à la frappe nette avec des détails parfaitement préservés.
Ce bronze civique de Tarse en Cilicie, émis aux alentours des IIe-Ier siècles avant notre ère, illustre avec une remarquable finesse deux pôles de la religiosité tarsienne : la Tychè civique au droit, et le grand dieu indigène Sandan au revers.
La tête tourelée de Tychè — coiffée d'une couronne représentant les murailles de la cité — est l'emblème par excellence de la déesse-Fortune protectrice de Tarse, héritage de l'iconographie hellénistique diffusée depuis l'œuvre de Eutychidès pour Antioche de Syrie.
Le revers est l'un des plus riches et des plus évocateurs de toute la numismatique cilicienne. Sandan y est représenté debout sur un lion-griffon cornu — son animal attributif par excellence — posté entre deux omphaloi symbolisant le centre du monde. L'ensemble repose sur un autel orné de guirlandes, surmonté d'un baldaquin pyramidal : cette structure à degrés n'est autre que la représentation du bûcher funèbre (pyra) utilisé lors du grand festival annuel de Tarse en l'honneur de Sandan. Chaque année, une effigie du dieu était solennellement brûlée sur ce bûcher, dans un rite d'une haute antiquité anatolienne. Le revers de ce bronze en fixe le moment culminant avec une précision iconographique rarissime.
Sandan est une divinité d'origine hittite et louvite, dont le culte à Tarse est attesté depuis le IIe millénaire avant notre ère. En contexte hellénistique, il fut assimilé à Héraklès — une interpretatio graeca fréquente pour les dieux guerriers et solaires d'Orient — association qui transparaît dans certaines légendes monétaires tarsessiennes de la même époque. Son lion-griffon constitue l'un des exemples les mieux documentés d'iconographie animale composite dans le monnayage cilicien.
TARSE (Cilicie) (cité antique, floruit IVe s. av. J.-C. – IIIe s. apr. J.-C.)
Tarse, capitale de la Cilicie Pédias, fut l'une des grandes métropoles de l'Orient hellénistique et romain. Établie sur le fleuve Cydnos, elle bénéficia d'une position commerciale et stratégique exceptionnelle entre l'Anatolie, la Syrie et la Méditerranée. Héritière d'une longue tradition urbaine remontant à l'âge du Bronze, elle devint un centre intellectuel et philosophique de premier plan sous les Séleucides, puis sous Rome — c'est à Tarse que naquit l'apôtre Paul. La cité entretint jusqu'à l'époque impériale tardive le culte de Sandan, dont le festival du bûcher constituait l'un des événements religieux les plus spectaculaires du monde grec oriental. Son monnayage, abondant et varié, reflète cette double identité : une cité grecque dans ses formes, profondément anatolienne dans ses dieux.