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Fals (follis) arabo-byzantin frappé en Syrie sous le califat Rashidun (647–658), imitant le follis de Constans II
A/ CЄN TwTO NIKA (Ἐν τούτῳ νίκα — « Par ce signe, tu vaincras »)
Constans II debout de face, barbu avec une longue barbe et une moustache, portant la couronne et la chlamyde, tenant une longue croix de la main droite et un globe crucigère de la main gauche.
R/ Légende dégénérée
Grand M (40 nummi) surmonté d'une croix.
Ø 19 mm ;
2,46 g
Exemplaire d'un style remarquablement soigné pour une imitation arabe, avec un portrait de Constans II debout traité avec une finesse et un souci du détail inhabituels dans cette production. Un très bel exemple de la qualité que pouvaient atteindre les meilleurs graveurs des ateliers syriens de cette période.
Ce fals de bronze appartient aux toutes premières émissions arabo-byzantines, frappées sous le califat Rashidun (الخلافة الراشدة, « califat des bien guidés »), le premier califat de l'Islam (632–661). La conquête arabe de la Syrie, achevée après la bataille du Yarmouk en 636, posa immédiatement la question du numéraire en circulation dans les territoires nouvellement conquis. Plutôt que d'imposer un monnayage nouveau, les califes Rashidun maintinrent pragmatiquement le système monétaire byzantin existant, faisant produire par des ateliers syriens des imitations reprenant fidèlement les types impériaux en cours — ici le follis de Constans II debout, l'un des prototypes les plus fréquemment copiés.
La légende de droit, CЄN TwTO NIKA, reproduit la formule constantinienne « Par ce signe, tu vaincras », mais dans une version dégénérée caractéristique des graveurs locaux qui copiaient les caractères grecs sans en maîtriser la langue. Le grand M du revers, marque de valeur byzantine indiquant 40 nummi, est conservé — preuve que la fonction monétaire du type restait comprise et nécessaire à la circulation quotidienne. Ces frappes pseudo-byzantines de Syrie précèdent les émissions proprement omeyyades et constituent les premiers témoins numismatiques de la présence musulmane au Proche-Orient, à une époque où le monnayage islamique propre n'existait pas encore.
LE CALIFAT RASHIDUN ET LES PREMIÈRES FRAPPES ARABO-BYZANTINES (632–661)
Le califat Rashidun (« des bien guidés ») désigne la période des quatre premiers califes de l'Islam : Abu Bakr (632–634), Omar ibn al-Khattab (634–644), Othman ibn Affan (644–656) et Ali ibn Abi Talib (656–661). Sous Omar et Othman, les armées arabes conquirent en moins de vingt ans la Syrie-Palestine (636), l'Égypte (642) et la Mésopotamie, arrachant à l'Empire byzantin ses plus riches provinces orientales. Confrontés à la nécessité de fournir un numéraire aux populations conquises habituées au système monétaire byzantin, les autorités arabes firent produire des imitations en bronze imitant les folles byzantins en circulation, principalement ceux d'Héraclius et de Constans II. Ces frappes pseudo-byzantines constituent la toute première phase du monnayage islamique, antérieure aux émissions omeyyades à légendes arabes et à la réforme aniconique d'ʿAbd al-Malik (696–697).
Fiche technique