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Les monnaies radiées romaines : de la République à Dioclétien

Lorsqu'un collectionneur débute en numismatique romaine, les premières monnaies qu'il rencontre sont presque systématiquement de petits modules portant une couronne radiée à l'avers. On les désigne souvent sous le seul terme d'« antoniniens », mais cette dénomination recouvre en réalité une famille bien plus large, dont les origines remontent à la République et dont l'évolution traverse plusieurs siècles et plusieurs réformes monétaires profondes. Comprendre ce que recouvre le terme « radié » — ce qu'il signifie iconographiquement, ce qu'il indique en termes de valeur, et comment cette signification a évolué — est indispensable pour identifier et classer ces monnaies correctement.

La couronne radiée avant l'antoninien : origines et significations

Le mot latin radius désigne la baguette, mais aussi le rayon. Porter une couronne radiée, c'est être radiatus, rayonnant. Sans surprise, les premières figures radiées sur les monnaies romaines représentent des divinités solaires : Sol, Hélios, Apollon, Phoebus. La plus ancienne occurrence documentée remonte à 217–215 avant notre ère, sur une once de bronze (RRC 39/4). À l'avers, une tête de jeune homme imberbe, de face, entourée d'un nimbe et de rayons ; au revers, un croissant de lune et des étoiles. Le couple solaire/lunaire est déjà en place.

La composition évolue ensuite vers des profils : en 42 avant notre ère, deux deniers (RRC 494/43 et RRC 494/21) montrent successivement Sol de face avec des rayons circulaires, puis Sol de profil avec des rayons parallèles vers l'arrière. Les graveurs hésitent encore entre les deux formules.

Le tournant iconographique décisif intervient sous Tibère, avec la divinisation d'Auguste. La couronne radiée cesse d'être réservée aux dieux solaires : elle manifeste désormais la divinité du prince défunt. Des sesterces, deniers et aurei frappés dès 19–21 de notre ère figurent Auguste radié, et cela se poursuit sous Gaius/Caligula. La couronne radiée, associée aux étoiles, est alors une marque de la divinisation posthume.

Sous Néron, l'usage se diversifie encore. D'abord employée pour honorer des empereurs divinisés (Claude et Auguste sur un quadrige d'éléphants), la couronne radiée apparaît ensuite sur le portrait de Néron lui-même, vivant. Certains grands bronzes (as, dupondii) arborent un avers radié, dans un registre qui oscille entre assimilation à Apollon et manifestation d'une divinité impériale anticipée. Progressivement, la couronne radiée s'impose comme marque de valeur double pour certaines dénominations — double quadrans, semis, dupondius — sans lien direct avec la divinité. Chez les Antonins, elle n'est plus qu'un repère de valeur.

Caracalla et la création de l'antoninien

Au début du IIIe siècle, le système monétaire romain traverse une crise profonde. Depuis Trajan, aucune nouvelle province n'a apporté de métal neuf ; les réductions successives de masse et d'aloi du denier n'ont pu qu'atténuer la pression. À cela s'ajoutent des dépenses militaires colossales : Septime Sévère crée trois légions supplémentaires et double leur solde en 197 ; Caracalla l'augmente encore de 50 % en 212. Le denier ne pèse alors plus que 3 grammes environ, avec une teneur d'argent d'environ 70 %, soit à peine 2 grammes d'argent fin.

C'est dans ce contexte qu'en 215, Caracalla émet une nouvelle monnaie radiée censée valoir le double du denier. Elle aurait dû peser 6,8 grammes ; elle en pèse 5,1. Son titre d'argent est d'environ 50 %, soit 2,55 grammes d'argent, valeur inférieure à un denier de Néron. C'est l'une des premières monnaies pleinement fiduciaires du monde romain : sa valeur est celle que l'État lui attribue, non celle de son métal. Les numismates l'ont nommée antoninianus — l'antoninien — du vrai nom de l'empereur : Antoninianus.

Julia Domna, mère de Caracalla, reçut elle aussi ses antoniniens. À l'avers, son buste est posé sur un croissant de lune, en pendant sélénite du solaire Caracalla. Cette iconographie — buste impérial radié pour l'homme, buste sur croissant pour la femme — sera conservée durablement pour les antoniniens d'impératrices, perpétuant la dualité solaire/lunaire née à la République.

Le IIIe siècle : triomphe d'une monnaie d'argent qui n'en est plus une

L'antoninien ne devient pas immédiatement le module dominant. Son émission reste relativement marginale jusqu'en 238, sous Balbin, Pupien, et surtout Gordien III, chez qui il devient le module principal. La crise politique née de la fin des Sévères exige de payer les armées en monnaies à fort pouvoir libératoire (aurei, antoniniens), tandis que les bronzes et les deniers se font plus rares.

La dégradation est continue et mesurable :

  • Vers 238–244 : environ 4,5 grammes, plus de 45 % d'argent
  • En 253, sous Émilien : 3,4 grammes, 35 % d'argent
  • En 260, au début du règne solo de Gallien : 2,9 grammes, 15 % d'argent
  • En 268, à la fin du même règne : toujours 2,9 grammes, mais seulement 2,5 % d'argent

Sous Claude II, la chute est presque totale : 2,5 grammes pour 2,5 % d'argent, soit 0,06 gramme de métal précieux par pièce. La monnaie d'argent n'est plus que billon recouvert d'une fine argenture superficielle. Les émissions sont massives — l'antoninien est quasiment le seul module frappé en dehors des monnaies d'or — car il serait devenu impossible de fabriquer des divisionnaires en argent ou en bronze dont le coût de production dépasserait la valeur circulatoire.

La loi de Gresham — selon laquelle la mauvaise monnaie chasse la bonne — aggrave la situation : les bonnes monnaies sont thésaurisées, laissant en circulation des émissions toujours plus dépréciées.

L'argenture superficielle : une énigme technique

Les techniques d'argenture des antoniniens de Gallien à Dioclétien restent mal comprises. Certaines monnaies présentent une argenture veloutée et mate, d'autres un aspect plus brillant. Il n'est pas certain que cela soit uniquement dû aux conditions d'enfouissement ou au nettoyage moderne. L'utilisation d'une feuille d'argent (comme pour les monnaies fourrées) semble exclue, en raison de l'absence de ligne de repli. Un bain d'argent en fusion est peu vraisemblable : la température de fusion de l'argent est de 961,8 °C, et la quantité de métal requise dépasserait ce qu'on observe. Une hypothèse plus récente envisage une frappe à chaud qui aurait fait remonter en surface l'argent — plus mou que le cuivre (qui fond à 1 085 °C) — du reste du flan. Cette piste reste à explorer.

À retenir pour le collectionneur

La difficulté est réelle : certains catalogues classent parmi les monnaies d'argent des antoniniens qui n'en présentent plus aucune trace visible. L'argenture peut avoir disparu, avoir été recouverte par une patine verdâtre, ou même avoir été absente dès l'origine. De Gallien à Aurélien, de nombreuses émissions frauduleuses furent produites par l'atelier de Rome, et des imitations circulèrent en parallèle, avec des masses et des teneurs encore inférieures aux productions officielles, déjà très dégradées.

À cette époque, la couronne radiée marque également des doubles aurei (les biniones) et des doubles sesterces, en plus des doubles deniers que sont les antoniniens.

Aurélien et l'aurelianus : une réforme monétaire

Aurélien arrive au pouvoir en 270 dans un empire profondément ébranlé. Il réunit les sécessions orientale (Zénobie) et gauloise (Tétricus), réprime les émissions frauduleuses de l'atelier de Rome (la « guerre des monétaires »), et entreprend une réforme monétaire à partir de 274. Il fixe l'aureus à 1/50e de livre et garantit la teneur en argent des antoniniens à 5 % pour une masse de 1/80e de livre, soit 0,2 gramme d'argent par pièce. Des monnaies de bronze laurées et radiées sont également relancées.

La marque distinctive : XXI / KA

La caractéristique distinctive de cette réforme est la marque de teneur frappée à l'exergue : XXI dans le monde latin (1/20e d'argent, soit 5 %) et KA dans le monde grec (même signification). Ces monnaies radiées post-réforme sont désignées par les numismates contemporains sous le terme d'aurelianus, terme s'appuyant sur un passage de l'Histoire Auguste — texte très postérieur au règne d'Aurélien — qui emploie une unique fois l'expression argenteos aurelianos mille (« mille pièces d'argent auréliennes »). Le terme argenteus aurelianus a peut-être désigné cette monnaie, mais rien n'est assuré, compte tenu du décalage chronologique de la source.

Certains aureliani, moins fréquents, affichent XI ou X•I•I à l'exergue : ce sont des doubles aureliani, parfois dotés d'une double couronne radiée à l'avers. Leur masse est identique à celle des simples pièces marquées XXI, mais leur teneur d'argent est double.

Pour éviter la thésaurisation des nouvelles monnaies au détriment des anciennes (application anticipée de la loi de Gresham), Aurélien a vraisemblablement réduit la valeur circulatoire des anciens antoniniens, les nouveaux valant le double. Sa mort en 275 interrompt la réforme avant qu'elle soit complète. La valeur d'un aurelianus pour deux antoniniens anciens — soit quatre deniers de compte — se maintient jusqu'à la réforme de Dioclétien en 294. Sous Tacite, la marque XXI disparut parfois, ce qui témoigne d'une acceptation difficile de la nouvelle parité par la population.

La réforme de Dioclétien et la fraction radiée

Dioclétien, arrivé au pouvoir en 284, conserve d'abord le système aurélien. De nombreuses monnaies radiées des dix premières années de son règne portent encore le XXI. Mais en 294, il engage une refonte monétaire créant un vrai denier d'argent fin — l'argenteus — et une monnaie lourde de cuivre argenté — le nummus.

Dans ce nouveau système, les monnaies radiées ne disparaissent pas : trop ancrées dans les échanges quotidiens, elles sont reconverties en divisionnaires du nummus, doubles de la monnaie laurée, retrouvant ainsi leur rôle de « double denier » de compte — mais sans argent. La marque XXI et l'argenture disparaissent. C'est souvent l'absence de la marque XXI qui permet de dater une monnaie radiée après 294.

Points clés — Terminologie

Cette nouvelle monnaie radiée non argentée a reçu plusieurs noms dans la littérature numismatique : néo-antoninien, néo-aurelianus, ou, plus précisément, fraction radiée. La comparaison de deux monnaies de Dioclétien illustre bien la distinction : l'une, antérieure à 294, porte le XXI à l'exergue et conserve une argenture (RIC Cyzique 306) ; l'autre, postérieure, arbore la couronne radiée sans marque ni argenture (RIC Cyzique 15a).

Les valeurs en deniers de compte restent débattues. Selon les auteurs, l'aurelianus marqué XXI, toujours en circulation, aurait continué à valoir 4 deniers (certains avancent 2,5 ou 5), tandis que la fraction radiée en cuivre brut n'en aurait valu que 2 (ou 2,5 ou 5). Le principe d'un double reste l'hypothèse directrice.

Dans le courant du IVe siècle, des émissions de Licinius tentent de rétablir des bronzes de valeur : des monnaies laurées et d'autres radiées, vraisemblablement argentées à l'image des auréliens, portent la marque XIIΓ indiquant 12,5 deniers de compte. La question de la valeur de la monnaie laurée — peut-être 6,25 deniers — reste ouverte.

Les imitations radiées : une catégorie à part entière

Pendant plus d'un siècle, les monnaies radiées ont été les dénominations les plus répandues dans tout l'Empire. Il n'est donc pas surprenant que la grande majorité des imitations reproduise des avers radiés, même lorsque l'identité de l'empereur représenté n'est plus lisible.

Ces imitations radiées sont particulièrement abondantes en Bretagne et dans les Gaules. Leur datation précise reste difficile. Un classement en cinq catégories selon les caractéristiques des flans (proposé par J.-M. Doyen) permet toutefois d'en esquisser la chronologie : la classe 1, aux flans les plus grands et les plus lourds, couvre la période de Gallien à Carin ; la classe 4, aux très petits modules, s'étend jusqu'à l'époque constantinienne (années 330).

Malgré leur hétérogénéité — ces émissions locales sont par nature disparates — toutes ces imitations présentent une constante : l'avers radié, preuve que cet élément était attendu et reconnu par les usagers comme signe monétaire légitime, quelles que soient par ailleurs la qualité de la gravure ou la lisibilité de la légende.

Conclusion : une iconographie à comprendre pour bien identifier

Présente dès la République comme signe de divinité solaire, la couronne radiée a progressivement glissé vers une fonction de marqueur de valeur double, avant de traverser toutes les crises du IIIe siècle comme attribut quasi exclusif de la monnaie circulante. De l'once républicaine à la fraction radiée dioclétienne, en passant par l'antoninien de Caracalla, l'aurelianus reformé et les imitations gauloises, ce détail iconographique condense à lui seul plusieurs siècles de politique monétaire romaine.

À retenir

Pour le collectionneur, reconnaître une monnaie radiée ne suffit pas : encore faut-il situer à quelle période appartient l'émission, quel système monétaire elle reflète, et quelles marques — XXI, KA, double couronne — permettent de préciser davantage son identification et sa valeur d'origine.

Pour une étude complète et détaillée, voir l'article de référence sur bnumis.com.

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