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Cet exemplaire présente une particularité assez rare : la titulature IMP GALLIENVS AVG a été partiellement effacée sur le coin par le graveur lui-même, documentant en direct la transition entre l'Émission I et l'Émission II. Un document numismatique autant qu'une monnaie de collection.
A/ IMP GALLIENVS AVG
Buste cuirassé de Gallien à droite, deux rubans flottant vers l'arrière.
R/ IOVI VLTORI AVG
Jupiter à demi-nu, le manteau sur l'épaule gauche, marchant à gauche, la tête tournée vers la droite, brandissant un foudre de la main droite.
Marques : s / – // –
Ø 22 mm ;
4,61 g
Réf : Wolkow 3ia2a (34 ex.) ; Göbl, MIR 383x – Émission I / II
Exemplaire d'un intérêt numismatique intéressant, qui documente en temps réel une modification de titulature opérée directement sur le coin de droit par le graveur de l'atelier de Rome. On y lit clairement le début de la titulature IMP GALLIENVS AVG — propre à l'Émission I — mais l'IMP a été partiellement effacé, amorçant la transition vers la forme abrégée GALLIENVS AVG caractéristique de l'Émission II. Ce type de correction sur coin, rarissime et difficile à identifier à l'œil nu, constitue un témoignage direct du travail des graveurs monétaires au IIIe siècle.
Sur le plan de la classification, ce Wolkow 3ia2a se situe précisément à la charnière des deux émissions romaines du type IOVI VLTORI AVG : l'Émission I se distingue par la titulature complète IMP GALLIENVS AVG, l'Émission II par la forme plus courte GALLIENVS AVG. Que le graveur ait commencé à modifier le coin sans achever sa correction — ou que la pièce ait été frappée dans cet état intermédiaire — fait de cet exemplaire un document de premier ordre pour comprendre la chronologie interne des émissions romaines de Gallien.
Le type IOVI VLTORI — « Jupiter vengeur » — est l'une des invocations les plus chargées politiquement du règne de Gallien. Jupiter vengeur n'est pas ici simplement protecteur : il est appelé à punir les ennemis de l'Empire, intérieurs comme extérieurs. Dans le contexte des années 260-268, marquées par les usurpations des Trente Tyrans et la pression barbare sur tous les fronts, cette invocation revêt une dimension quasi désespérée et profondément humaine. Gallien cherche en Jupiter un allié céleste autant qu'un garant de sa légitimité.
Pour le spécialiste comme pour le collectionneur averti, cet exemplaire dépasse la simple pièce de collection : c'est un objet d'étude, une fenêtre ouverte sur les pratiques de l'atelier monétaire de Rome au IIIe siècle.
GALLIEN (253 – 268 ap. J.-C.) — Publius Licinius Egnatius Gallienus, né vers 218, est associé au pouvoir par son père Valérien dès 253. Lorsque ce dernier est capturé par Châhpuhr Ier en 260 — seul empereur romain à connaître ce sort —, Gallien se retrouve seul maître d'un Empire en pleine décomposition : usurpateurs dans les provinces, invasions sur tous les fronts, crise économique profonde. Il réorganise l'armée en profondeur, notamment la cavalerie, préfigure les réformes de Dioclétien, et mène une politique religieuse de tolérance. Assassiné lors du siège de Milan en 268 par ses propres officiers, il laisse un règne ambigu mais décisif pour la survie de Rome. Sa numismatique, l'une des plus riches et des plus complexes du IIIe siècle, est l'objet du corpus de référence établi par Cédric Wolkow.
Fiche technique