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A/ ΟΠЄ–ΤP–O–C.
Buste nimbé de saint Pierre de face, levant la main droite en geste de bénédiction et tenant une croix de la main gauche.
R/ + ΚΕ ΒΟΙ / ΘΗ ΤΟΔΥ / ΛΟ ΣΟΥΤ / ΑΝΚΡΙ / +
Légende en quatre lignes dans un grènetis : ΚΕ ΒΟΗΘΕΙ ΤΩ ΔΟΥΛΩ ΣΟΥ ΤΑΝΚΡΗ — « Seigneur, aide ton serviteur Tancrède ».
Ø 22 mm ;
4,46 g
Réf : Malloy 3a – Metcalf 53 – Porteous 16
Petit prix !
Ce follis de cuivre frappé à Antioche sous la régence de Tancrède constitue l'un des témoignages numismatiques les plus saisissants de la rencontre entre l'Occident latin et la civilisation byzantine en Terre Sainte. Dès le premier regard, la monnaie révèle une double appartenance culturelle : le thème iconographique — saint Pierre nimbé, de face, tenant un sceptre cruciforme — est hérité en droite ligne du répertoire byzantin, tandis que le commanditaire, Tancrède de Hauteville, est un prince normand issu de l'aristocratie guerrière d'Italie du Sud.
Le choix de saint Pierre comme figure d'avers n'est pas anodin. Antioche était, avec Rome, Alexandrie, Constantinople et Jérusalem, l'un des cinq patriarcats historiques de la chrétienté. Selon la tradition apostolique, c'est à Antioche que Pierre fonda la première communauté chrétienne structurée, avant de rejoindre Rome. En plaçant l'Apôtre au revers de sa monnaie, Tancrède affirmait à la fois la légitimité religieuse de sa régence et le prestige spirituel de la cité.
La légende de revers, rédigée en grec byzantin — ΚΕ ΒΟΗΘΕΙ ΤΩ ΔΟΥΛΩ ΣΟΥ ΤΑΝΚΡΗ, « Seigneur, aide ton serviteur Tancrède » — est une formule d'intercession directement calquée sur les légendes des sceaux de plomb et des émissions de bronze byzantines. Ce choix du grec, par un régent latin, témoigne de la profonde imprégnation byzantine du milieu antiochien et de la volonté des croisés d'asseoir leur légitimité dans les cadres culturels et administratifs locaux.
Les folles de Tancrède sont des pièces relativement rares sur le marché numismatique, appréciées aussi bien des spécialistes des États latins d'Orient que des collectionneurs de monnaies médiévales à iconographie chrétienne.
TANCRÈDE DE HAUTEVILLE (Régent d'Antioche : 1101–1103, 1104–1112)
Neveu de Bohémond Ier par sa mère Emma de Hauteville, Tancrède participa à la Première Croisade (1096–1099) et se distingua lors du siège de Jérusalem. À la capture de Bohémond par l'émir danishmendide Ghazi Gümüshtekin en 1100, il assuma la régence de la Principauté d'Antioche, qu'il conserva jusqu'en 1103, puis de nouveau à partir de 1104 lorsque Bohémond repartit en Occident. Administrateur énergique, il étendit sensiblement le territoire de la principauté, notamment en direction de la Cilicie et de la Syrie du Nord. Il mourut sans héritier direct en décembre 1112, laissant une principauté consolidée à son cousin Roger de Salerne.
Fiche technique