A/ Légendes bilingues en arabe et en grec
L'empereur debout de face, tenant un sceptre cruciforme de la main droite et un globe crucigère de la main gauche
R/ Légende en arabe à l'exergue
Grand M surmonté d'une croix ; Δ dessous ; ЄMH à gauche, CMC à droite
Ø 19 mm ;
3.66 g
Réf : Walker 27–34 ; Foss 40
Ce type appartient aux premières émissions islamiques sur le sol syrien, produites dans les décennies suivant la conquête arabe. L'atelier d'Emesa (Homs) y occupe une place de choix : les marques d'atelier ЄMH (abréviation grecque d'Emesa) et CMC (forme latinisée, Camesa) apparaissent conjointement au revers, témoignant d'une administration monétaire encore profondément imprégnée des habitudes byzantines. Le Δ sous le grand M désigne la quatrième officine de l'atelier, reprise directement de la nomenclature byzantine.
L'avers conserve, dans sa composition, la silhouette canonique du basileus byzantin debout, tenant le sceptre cruciforme et le globe crucigère — les deux insignes de la souveraineté chrétienne. Mais la légende, désormais bilingue, introduit l'arabe aux côtés du grec : c'est précisément cet aspect qui confère à la série Walker 27–34 son intérêt documentaire intéressant. On y voit, gravée dans le métal, la coexistence provisoire et tendue de deux mondes, deux langues, deux systèmes de légitimité.
CALIFAT OMEYYADE — PÉRIODE DE TRANSITION (c. 660–697)
La conquête islamique de la Syrie byzantine s'achève vers 640. Dans les décennies qui suivent, les nouveaux gouverneurs omeyyades — sous Muawiya I (661–680), fondateur de la dynastie, puis ses successeurs — gèrent un empire vaste et multiconfessionnel dont les populations restent majoritairement chrétiennes et greccophones. L'administration, la fiscalité et la monnaie continuent de fonctionner selon les schémas byzantins. C'est dans ce contexte que sont frappés les folles arabo-byzantins bilingues : instruments pragmatiques d'une puissance en construction, qui n'a pas encore les moyens — ni peut-être l'urgence — de rompre avec les usages hérités. La grande réforme d'Abd Al-Malik (685–705) mettra fin à cette période de syncrétisme monétaire en imposant une numismatique islamique purement épigraphique, à partir de 696–697.
Fiche technique