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A/ ՀԵԹՈՒՄ ԹԱԳԱՒՈՐ ՀԱՅՈՑ (Hétoum roi des Arméniens)
Roi couronné assis sur un trône en forme de banc, tenant de la main droite un sceptre royal et de la main gauche une croix.
R/ ՇԻԵՆԱԼ Ի ՔԱՂԱՔՆ Ի ՍԻՍ (Frappé dans la cité de Sis)
Croix simple ; un croissant dans le premier quadrant, des globules dans les trois autres.
Ø 21,2 mm ;
3,54 g
1226-1270 AD
Ce kardez de bronze illustre à merveille la richesse iconographique et symbolique de la numismatique arménienne cilicienne. Le droit présente le roi Hétoum Ier en majesté, assis sur un trône, tenant simultanément le sceptre royal — insigne du pouvoir temporel — et la croix — insigne de la foi chrétienne. Cette double symbolique est caractéristique de la monarchie arménienne cilicienne, qui se définissait comme un royaume chrétien au cœur d'un Proche-Orient divisé entre puissances islamiques et turco-mongoles.
Le revers, d'une sobre élégance, associe la croix chrétienne à un croissant — symbole dont la présence sur une monnaie chrétienne ne manque pas d'interroger. Faut-il y lire une influence islamique absorbée par l'environnement géopolitique, un héritage iconographique plus ancien, ou une simple marque d'atelier ? Quelle que soit l'interprétation retenue, ce détail illustre parfaitement la position singulière du royaume arménien cilicien : un État chrétien de tradition byzantine, administrativement latinisé par l'influence des Croisades, contraint de coexister et de négocier avec l'Islam sunnite, les sultanats seldjoukides et, sous Hétoum Ier, avec l'empire mongol.
La légende du revers — ՇԻԵՆԱԼ Ի ՔԱՂԱՔՆ Ի ՍԻՍ, « Frappé dans la cité de Sis » — est en langue arménienne classique, fait rare et précieux sur une monnaie médiévale orientale. Sis, capitale de la principauté puis du royaume d'Arménie cilicienne à partir du XIIe siècle (actuelle Kozan, en Turquie), était le cœur administratif, religieux et monétaire de l'État. Que la légende soit rédigée en arménien et non en grec, en latin ou en arabe témoigne d'une affirmation identitaire forte, délibérément inscrite dans le métal.
Les kardez constituent la dénomination de bronze standard dans le monnayage arménien cilicien. Leur étude est indissociable de celle des tram d'argent, qui forment avec eux un système monétaire cohérent, reflet d'une économie intégrée dans les circuits commerciaux méditerranéens et levantins. Cette pièce intéressera tout particulièrement les collectionneurs spécialisés dans la numismatique des États croisés, de l'Arménie médiévale ou des périodes de contact entre Orient chrétien et monde islamique.
Hétoum Ier (1226–1270) — Fils de Constantin Ier, Hétoum Ier est l'un des souverains les plus importants de l'Arménie cilicienne. Son règne est marqué par une politique étrangère audacieuse : cherchant à contrebalancer la pression seldjoukide et à protéger son royaume, il fit le choix de s'allier aux Mongols de Hülagü Khan. En 1253, il entreprit un voyage retentissant jusqu'à Karakorum, la capitale mongole, où il rencontra le Grand Khan Möngke. De retour en 1255, il obtint des garanties de protection pour les chrétiens d'Orient et noua une alliance durable avec l'Ilkhanat mongol. Cette alliance lui permit notamment de participer à la prise d'Alep en 1260 aux côtés des forces mongoles. Hétoum abdiqua en 1270 en faveur de son fils Léon II et se retira dans un monastère sous le nom de Macarios. Il mourut la même année.
Fiche technique