A/ Dans un cercle, monogramme en bloc formé sur un Π avec Λ à l'intérieur, Υ sur la jambe gauche et Θ sur la jambe droite (valant aussi Ο).
Le monogramme se lit Φιλίππου — « de Philippos ».
R/ Dans un cercle de feuillage, monogramme en bloc formé sur Ν avec Β à l'intérieur (peu visible) ; Κ et C ligaturés sur la jambe droite, Ο sur la jambe gauche. Le monogramme se lit σκρίβονι, forme attestée pour σκρίβωνι, avec substitution de ο à ω, phénomène orthographique courant dans la documentation sigillaire byzantine.
Lecture générale : Φιλίππου σκρίβονι — « de Philippe, skribon ».
Ø 19 mm ;
5,22 g
Sceau du VIe siècle associant le nom propre Φιλίππου au titre de fonction σκρίβωνι (ici orthographié σκρίβονι), livrant ainsi l'identité et la charge du propriétaire. L'exemplaire est caractéristique de la production sigillographique tardo-antique par son recours au monogramme en bloc — type sigillographique dominant aux Ve–VIe siècles, antérieur à la généralisation du monogramme cruciforme qui s'impose progressivement au VIe siècle avant de devenir la norme au VIIe.
Le monogramme en bloc — dit aussi monogramme carré — procède d'une construction géométrique différente du monogramme cruciforme : les lettres ne sont pas distribuées sur les bras d'une croix, mais imbriquées à l'intérieur et autour d'une lettre-chassis dominante qui structure l'ensemble. Au droit, la lettre-chassis est Π, sur laquelle viennent s'agréger Λ, Υ et Θ/Ο, pour former Φιλίππου. La double valeur de Θ servant également de Ο est un procédé économique bien attesté dans ce type de monogramme, où la densité graphique impose de tirer parti de la similitude formelle entre certaines lettres.
Au revers, la lettre-chassis est Ν, avec Β inscrit peu lisiblement à l'intérieur, Κ et C ligaturés sur la jambe droite, et Ο sur la jambe gauche, formant σκρίβονι. La lecture σκρίβωνι (datif du grec σκρίβων, du latin scriba) est assurée malgré la substitution de ο à ω, confusion vocalique récurrente dans la documentation sigillaire et papyrologique byzantine, déjà observée sur le sceau de Βονώσος de cette même collection.
Le σκρίβων désignait dans l'administration byzantine un secrétaire ou greffier attaché à l'un des scrinia impériaux — les bureaux de la chancellerie centrale, organisés en départements spécialisés (dispositionum, epistularum, libellorum, etc.) hérités de l'organisation administrative romaine tardive. Les σκρίβωνες constituaient le personnel subalterne de ces services, en charge de la rédaction, de la copie et de l'enregistrement des actes officiels. La fonction est bien attestée dans les sources juridiques et papyrologiques du VIe siècle, notamment dans la législation justinienne, qui réglemente précisément le statut et les attributions des scribes des scrinia impériaux (Novelles de Justinien, passim). L'usage d'un sceau propre par un σκρίβων témoigne d'une insertion dans les circuits de validation documentaire de l'administration, où l'authentification par bulle de plomb était courante dès les échelons intermédiaires de la hiérarchie bureaucratique.
Le nom Φίλιππος est d'origine macédonienne, rendu célèbre par la tradition royale et apostolique (saint Philippe, l'un des douze apôtres), et bien représenté dans l'onomastique byzantine du VIe siècle. Il est porté par divers fonctionnaires et officiers attestés dans les sources de l'époque, sans qu'il soit possible d'identifier ce Philippe skribon précis en l'absence de parallèles prosopographiques directs.
Fiche technique