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✦ Rare avec cette date ✦
Jeton de cuivre frappé à Besançon en 1669 pour Jean-Antoine Tinseau, notable de la cité
A/ CORDE . GERO . QVOD . CORDE . COLO . 1669
Armes de Besançon
R/ HVMILIA * TENE
Armes de Jean-Antoine Tinseau
Cuivre — Ø 28 mm ;
5,65 g
Réf : Feuardent 10312 ; C. 4692 ; CCK. J3
Assez rare surtout avec la date 1669 !
Exemplaire dont l'avers, sensiblement mieux venu que le revers, présente en main un attrait particulier ; l'ensemble demeure d'une qualité honorable, parfaitement satisfaisante pour un jeton de collection.
Dans la Besançon de 1669, Civitas Imperialis Libera depuis 1290, les familles patriciennes — Granvelle, Tinseau, Boitouzet, Mareschal, Chifflet et quelques autres — se partageaient les charges du collège des quatorze co-gouverneurs ainsi que les nombreux offices municipaux et ecclésiastiques de la cité. La frappe de jetons personnels y constituait un usage répandu : à la fois marque de prestige social, accessoire de comptabilité administrative ou domestique, et instrument de représentation publique. À la veille de la conquête louis-quatorzienne de 1674, ces émissions reflètent l'éclat d'une élite urbaine encore pleinement consciente de ses prérogatives sous le double régime impérial et habsbourgeois.
Issu d'une lignée patricienne attestée de longue date à Besançon, Jean-Antoine Tinseau commanda ce jeton selon le programme habituel des frappes notabiliaires : à l'avers, les armes de la cité ; au revers, les siennes propres. L'épigraphie est particulièrement signifiante. À l'avers, la devise CORDE GERO QVOD CORDE COLO (« je porte au cœur ce que mon cœur honore ») affirme une éthique de service intériorisée et désintéressée. Au revers, la formule HVMILIA TENE (« attache-toi à l'humilité ») prolonge ce propos personnel par une référence morale d'inspiration chrétienne, dans la tradition spirituelle du XVIIᵉ siècle qui valorisait l'humilité comme vertu sociale autant que religieuse. Ce double énoncé compose un véritable manifeste éthique, expression caractéristique de l'humanisme patricien comtois du Grand Siècle.
BESANÇON ET SES NOTABLES (Civitas Imperialis Libera, 1290-1674)
Cité libre d'Empire depuis 1290, Besançon (l'antique Vesontio des Séquanes citée par César) était gouvernée par un collège de quatorze co-gouverneurs élus annuellement parmi un cercle restreint de familles patriciennes — Granvelle, Tinseau, Boitouzet, Mareschal, Chifflet, Buson — qui se partageaient les principales charges civiles, militaires et ecclésiastiques de la cité. Cette oligarchie urbaine, jalousement consciente de ses privilèges sous la double mouvance impériale et habsbourgeoise, multiplia les jetons personnels frappés à son chiffre, marqueurs de prestige social et instruments d'usage civil. Le statut bisontin de ville libre s'éteignit en mai 1674 lorsque les armées de Louis XIV s'emparèrent de la cité, conquête entérinée par le traité de Nimègue en 1678.
Fiche technique