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A/ Monogramme en bloc, construit sur un Μ contenant un Χ. La jambe gauche est ligaturée avec un Ρ rétrograde et surmontée d'un Ο ; la jambe droite est ligaturée avec un Κ et un Ε, et surmontée d'un Υ. Lecture retenue : Κρατεροῦ μοναχοῦ — « du moine Krateros ».
R/ Lisse, comme il est classique pour une tessère.
Ø 12 mm ;
0,91 g
Tessère byzantine des VIᵉ–VIIᵉ siècles, au revers lisse caractéristique de cette catégorie d'objets, qui se distingue ainsi des bulles de plomb proprement dites, frappées sur leurs deux faces. Le droit porte un monogramme en bloc, type de construction monogrammatique antérieur à la généralisation du monogramme cruciforme et bien attesté dans la production protobyzantine : les lettres s'y agrègent autour d'une lettre maîtresse — ici un Μ — par ligatures et superpositions, procédé qui rend la résolution souvent délicate.
Les tessères jouaient à Byzance le rôle de jetons de distribution charitable, usage attesté dès le VIᵉ siècle : remis aux nécessiteux, ces petits jetons s'échangeaient, le jour prévu, contre une ration alimentaire, une pièce de monnaie ou une entrée aux bains. La philanthropie étant à Byzance un devoir religieux institutionnalisé, le clergé comme les laïcs aisés organisaient de telles distributions, et les tessères portaient fréquemment le nom du bienfaiteur. La lecture Κρατεροῦ μοναχοῦ (« du moine Krateros ») s'impose comme la seule solution rendant compte de l'ensemble des lettres du monogramme ; le génitif, marquant la possession ou l'émission, est l'usage habituel sur ce type d'objet. Cette tessère s'inscrit ainsi dans le cadre des distributions charitables organisées en milieu monastique, dont elle constitue un modeste mais éloquent témoignage matériel.
Une rue de l'Empire d'Orient, au VIe ou VIIe siècle. Un moine — Krateros — dépose dans la paume d'un nécessiteux un minuscule disque de plomb : 12 mm, à peine 0,91 g. Ce n'est pas une aumône en monnaie. C'est un jeton. Une promesse.
Le jour dit, ce petit jeton s'échangeait contre une ration : du pain, peut-être un peu de vin, parfois une pièce ou même une entrée aux bains. À Byzance, la charité n'était pas un élan improvisé mais un devoir religieux organisé — et les bienfaiteurs faisaient graver leur nom sur ces tessères. Celle-ci porte, en monogramme, Κρατεροῦ μοναχοῦ : « du moine Krateros ».
Une seule face gravée, le revers lisse — ce qui la distingue de la bulle de plomb, frappée sur ses deux faces. Un objet humble. Et pourtant : le nom d'un homme, la trace de son geste, et le visage anonyme de celui qui reçut le pain.