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Nummus civique frappé à Antioche sous Maximin II Daza (310–313)
A/ GENIO AN-TIOCHENI
La Tyché d'Antioche tourelée, drapée, assise de face sur un rocher ; à ses pieds, l'Oronte nageant à droite, la tête tournée à gauche.
R/ APOLLONI - SANCTO
Apollon debout de face, tourné à gauche, vêtu du chiton et du peplos, tenant une patère de la main droite et une lyre de la main gauche ; Γ en champ droit ; SMA à l'exergue.
Ø 17 mm ;
1,94 g
Réf : McAlee 170c ; Vagi 2954 ; Van Heesch 3c (J. Van Heesch, Une frappe semi-autonome sous Maximin Daza, RBN, Bruxelles, 1975, p. 105–106, n° 3c, pl. XI) ; Failmezger 229
Exemplaire remarquable par son poids de 1,94 g, nettement supérieur à la moyenne des exemplaires connus pour cette émission — les poids habituels gravitent entre 1,33 et 1,66 g.
Ce nummus civique d'Antioche appartient à l'une des émissions les plus singulières de l'histoire monétaire romaine : frappée entre 310 et 313 sous l'autorité de Maximin II Daza, elle est anépigraphe au sens impérial — pas de portrait, pas de titulature d'Auguste — et s'inscrit délibérément dans le registre de la propagande païenne déployée lors de la Grande Persécution des chrétiens. En exaltant la Tyché d'Antioche et Apollon « Saint », divinité tutélaire du régime de Maximin, cette émission oppose au christianisme montant la légitimité des cultes civiques et des dieux protecteurs de la cité. J. Van Heesch, qui a consacré à cette frappe l'étude de référence publiée dans la Revue Belge de Numismatique en 1975, a recensé 96 exemplaires pour les dix officines de l'atelier, dont douze pour la troisième (officine Γ), à laquelle appartient notre exemplaire. La présence de la troisième officine est bien attestée dans ce corpus, et le poids exceptionnel de la pièce en fait un représentant particulièrement intéressant de la série.
ANTIOCHE SUR L'ORONTE
Fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucus Iᵉʳ, Antioche fut la capitale du royaume séleucide avant de devenir celle de la province romaine de Syrie, annexée par Pompée en 64 av. J.-C. Sous l'Empire, elle comptait entre 200 000 et 300 000 habitants, ce qui en faisait l'une des trois plus grandes villes du monde romain avec Rome et Alexandrie. Grande métropole cosmopolite, terminus des routes caravanières de l'Orient, elle fut aussi une cité menacée — les Parthes puis les Sassanides s'en emparèrent ou la menacèrent à plusieurs reprises. Christianisée très tôt, c'est à Antioche que les disciples du Christ furent pour la première fois appelés « chrétiens ». Au début du IVᵉ siècle, la ville passa successivement sous l'autorité de Dioclétien, Galère, Maximin II, Licinius Iᵉʳ, puis enfin Constantin Iᵉʳ — autant de maîtres en moins de vingt ans, reflet de l'instabilité de la tétrarchie.
Fiche technique