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Bronze frappé à Apamée de Phrygie sous le magistrat Pankratès, fils de Zenodoros (vers 133-48 av. J.-C.)
A/ Anépigraphe.
Tête tourelée d'Artémis-Tychè à droite, l'arc et le carquois sur l'épaule.
R/ ΑΠΑΜ / ΠΑΝΚΡ – ΖΗΝΟ
Marsyas nu, la chlamyde flottant derrière lui, avançant à droite en jouant de l'aulos (double flûte), sur un motif de méandre.
Ø 18,1 mm ;
3,40 g
Réf : HGC 7, 674 ; SNG Copenhagen 193
Le flan, un peu irrégulier comme il est fréquent sur ces bronzes phrygiens, n’enlève rien à la qualité de l’exemplaire, remarquable pour le type : les reliefs sont fermes, le portrait complet et la scène du revers parfaitement lisible. Cette monnaie appartient à la série civique autonome frappée par Apamée entre le IIe et le milieu du Ier siècle avant notre ère. Comme l’usage l’imposait alors dans les cités d’Asie, le revers associe à l’ethnique ΑΠΑΜ(ΕΩΝ) le nom du magistrat responsable de l’émission, ΠΑΝΚΡ(ΑΤΟΥΣ) / ΖΗΝΟ(ΔΩΡΟΥ), Pankratès fils de Zenodoros.
Le revers met en scène la figure emblématique d’Apamée : le satyre Marsyas, nu, la chlamyde flottant derrière lui, qui s’avance en jouant de l’aulos, la double flûte, et marche sur un motif de méandre. Ce choix iconographique est tout sauf fortuit. La cité était établie là où la rivière Marsyas rejoint le Méandre, et la légende situait à cet endroit même le châtiment du satyre : après avoir ramassé la double flûte qu’Athéna avait inventée puis rejetée, dépitée de voir l’instrument déformer son visage, Marsyas en tira une virtuosité telle qu’il osa défier Apollon en un concours musical. Le dieu l’emporta, lia le satyre à un arbre et l’écorcha vif — supplice accompli, selon la tradition, aux sources mêmes de la rivière qui prit son nom. Frapper le satyre musicien sur les monnaies de la cité, c’est donc à la fois revendiquer une identité topographique et s’inscrire dans l’orbite de Dionysos, dont Marsyas était l’un des compagnons tituroi, les satyres joueurs de double flûte du thiase dionysiaque.
Au droit, la tête tourelée d’Artémis-Tychè, l’arc et le carquois à l’épaule, place la cité sous la double protection de la déesse chasseresse et de la Fortune, la couronne murale désignant sans ambiguïté la personnification urbaine. Il est piquant de constater que, dans les mêmes décennies, Rome frappait elle aussi un Marsyas : le denier de L. Marcius Censorinus, en 82 av. J.-C. (RRC 363/1), reproduit la statue dressée sur le Forum, devenue là-bas symbole de liberté civique. Deux lectures d’un même personnage, l’une phrygienne et musicale, l’autre romaine et politique, pour un type de collection particulièrement attachant.
APAMÉE DE PHRYGIE (Apameia Kibotos) (fondée sous Antiochos Ier Sôter, v. 281-261 av. J.-C.)
Établie en contrebas de l’antique Kélainai, là où la rivière Marsyas traverse la ville avant de rejoindre le Méandre, Apamée fut fondée par le roi séleucide Antiochos Ier Sôter, qui lui donna le nom de sa mère Apama et y transféra les habitants de Kélainai. Son surnom de Kibotos, « la Cassette » ou « l’Arche », disait sa vocation d’entrepôt : Strabon en fait le second marché d’Asie après Éphèse, grâce à sa position sur la grande route de Cappadoce. Passée de Pergame à Rome en 133 av. J.-C., la cité ouvrit ses portes à Mithridate VI en 88, puis devint en 84 av. J.-C. le siège d’un conventus institué par Sylla. Sous l’Empire, ses monnaies figureront l’arche de Noé — seules de l’Antiquité à représenter une scène de l’Ancien Testament — ultime écho de son surnom. Le site est aujourd’hui occupé par la ville de Dinar, en Turquie.
Fiche technique