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A/ Buste de saint Jean le Théologien, bénissant et tenant un livre. Inscription en deux colonnes : |Ι̅ / ΘΕ|ω Λ
: ὁ ἅγιος iωάννης ὁ Θεολόγο
R/ Inscription sur plusieurs lignes :
+ KE
BOHΘIω
TEKMA
COT
Κ(ύρι)ε βοήθ(ει) Ἰω(άννῃ) τοῦ ἐκ Μασότου, avec ΟΥ en ligature (ȣ).
La fin du nom (ȣ) est lue sur un parallèle (Concordia Numismatic 46, 27 août 2026, lot 1680).
Traduction : « Seigneur, aide Jean, celui issu des Masotès. »
Ø 26,8 mm ;
3,62 g
Sceau des XIᵉ-XIIᵉ siècles, dont le droit est consacré à saint Jean le Théologien, homonyme du titulaire.
La légende suit le schéma suivant : formule Κύριε βοήθει, prénom, puis désignation finale introduite par l’article. Le prénom est abrégé (Ἰω̄), de sorte que son cas n’est pas visible.
L’article τοῦ est celui de la position attributive : il rattache au prénom le groupe ἐκ Μασότου et en fait une désignation, « celui qui est issu de Masotès ». Son génitif s’explique de deux façons. Il peut s’accorder avec un Ἰωάννου sous l’abréviation, le génitif après βοήθει étant attesté en épigraphie (inscription de Skripou, 873/4). Il peut aussi relever du flottement datif/génitif observé sur le sceau de Jean Korônès, Θ(εοτό)κε β(οή)θ(ει) Ἰω(άννῃ) το(ῦ) Κορόνη (DO BZS.1958.106.2293).
La préposition ἐκ, suivie du nom au génitif, exprime l’appartenance à une lignée, avec γένους sous-entendu. On trouve la même construction dans le sceau métrique d’un Jean issu des Doukas : ἐκ Δούκα γένους (DO BZS.1951.31.5.3512).
La structure article + ἐκ + génitif employée pour désigner une personne a un parallèle précis, mais dans la littérature, chez Nicétas Choniatès. Le responsable des finances de Jean II et de Manuel Iᵉʳ y est désigné par la formule ὁ ἐκ Πούτζης Ἰωάννης, et à l’accusatif par τὸν ἐκ Πούτζης Ἰωάννην. Seul l’article se décline ; le groupe prépositionnel reste invariable.
La construction τοῦ ἐκ + nom de famille paraît extrêmement rare sur les sceaux : aucun parallèle sigillaire exact n’a été relevé. Le nom Μασότης n’a pas été retrouvé dans les sources consultées. Le génitif Μασότου peut d’ailleurs correspondre à un nominatif Μασότης ou Μασότος.
Masotès (Μασότης). La légende porte le génitif Μασότου. Il peut correspondre à un nominatif Μασότης, la forme la plus naturelle pour un nom de famille, ou Μασότος. Ce nom n’est attesté à ce jour dans aucun des corpus sigillographiques ni dans aucune des prosopographies consultés. Ce n’est pas exceptionnel : de nombreuses familles byzantines ne sont connues que par un ou deux sceaux.
Mas’ud (Μασούτ). Le nom arabe Mas’ud est rendu en grec byzantin par Μασούτ, forme indéclinable employée par Nicétas Choniatès pour le sultan seldjoukide d’Ikonion Mas’ud Iᵉʳ (1116-1156), puis pour un autre Mas’ud, maître d’Ankara. Ce sultan est lié aux Comnènes : en 1139, Jean Comnène, petit-fils d’Alexis Iᵉʳ, fit défection chez les Turcs, passa à l’islam et épousa l’une de ses filles. Une tradition tardive (Pseudo-Sphrantzès, XVIᵉ s.) la nomme Kamerô et donne à Jean le surnom de Tzelepès, du turc çelebi, mais cet auteur en doute lui-même. Un rapprochement entre Masotès et Mas’ud est tentant. Il se heurte pourtant à deux obstacles : l’orthographe, puisque le grec rend Mas’ud par ου alors que le sceau porte un omicron, et la chronologie, puisqu’aucun descendant du sultan n’a pu sceller avant le milieu du XIIᵉ siècle. Une forme hellénisée Μασούτης, qui se rattacherait directement à Mas’ud, n’est pas attestée dans les sources consultées.
D’autres noms d’origine turque dans l’aristocratie byzantine :
Ces exemples montrent comment une ascendance étrangère pouvait se dire dans l’onomastique byzantine. La formule du présent sceau, « celui issu des Masotès », en est une expression originale : au lieu de porter un nom qui dit l’origine, Jean revendique explicitement une lignée.