Le nummus : un terme simple à la portée historique majeure
Le mot nummus n’était pas à l’origine le nom d’un type précis de pièce avec un module défini. C’était, dans toute l’époque romaine, le mot latin le plus utilisé pour désigner une « pièce de monnaie » en général. Il pouvait s’appliquer à tous les modules monétaires, quelle que soit leur matière ou leur valeur. Ainsi, des expressions telles que nummus sestertius (« pièce de sesterce ») ou nummus aureus (« pièce d’or ») attestent de l’usage généralisé du terme comme synonyme générique de monnaie. Ce mot est parfois orthographié numus dans les sources, mais il conserve la même fonction linguistique et conceptuelle.
Dans la langue latine et la culture romaine, ce terme a donné naissance à toute une série de dérivés, souvent présents dans les textes anciens. Par exemple, nummatus désignait une personne riche, littéralement « pourvue de pièces », nummularius était le changeur ou banquier, nummulus la petite pièce, et des formes comme nummosexpalponĭdēs reflètent des usages littéraires ou satiriques. L’origine du terme nummus remonte probablement au grec νόμισμα (nomisma), qui signifie à la fois « monnaie » et « usage » ou « mesure ». Ce mot grec lui-même dérive de νόμος (nomos), désignant la règle ou l’usage.
La création d’un module particulier : le nummus sous Dioclétien
Le terme nummus devient plus précis lorsqu’on examine la réforme monétaire menée par l’empereur Dioclétien à la fin du IIIᵉ siècle après J.-C., vers l’année 294. C’est à ce moment-là que le mot désigne non seulement une idée générale de pièce, mais bien un module monétaire spécifique dans le nouveau système trimétallique voulu par Dioclétien.
Au IIIᵉ siècle, la production des monnaies de bronze avait largement chuté. Les grandes unités monétaires d’argent,telles que les deniers, n’étaient plus frappées régulièrement après les troubles du milieu du siècle, et les monnaies radiées (des antoniniens ou aureliani théoriquement en argent mais pratiquement en cuivre) dominaient encore la circulation. L’empereur Dioclétien entendait rétablir un système stable avec trois métaux : l’or, l’argent et le bronze. Pour cela, il conserva l’aureus comme monnaie d’or, recréa une monnaie d’argent fin appelée argenteus, et introduisit un grand module de bronze argenté lourd d’environ dix grammes, que l’on nomma nummus.
Cette nouvelle émission monétaire fut frappée dans la plupart des grands ateliers impériaux — notamment Londres, Trèves, Lyon, Aquilée, Ticinum, Rome, Siscia, Serdica, Nicomédie, Cyzique — avec des portraits impériaux variés et des légendes détaillées. Les avers présentent généralement les tétrarques ou leurs représentants avec titulatures classiques, tandis que les revers montrent des figures symboliques ou des inscriptions telles que GENIO POPVLI ROMANI (« au génie du peuple romain »). Ce grand bronze que les numismates modernes appellent souvent follis porte officiellement l’appellation nummus dans les inscriptions et les papyri de l’époque.
Le mot follis ne désignait pas à l’origine ce module dans la Rome antique, mais une bourse ou un sac rempli de pièces. Son emploi moderne pour nommer le nummus de Dioclétien résulte d’une interprétation postérieure, absente des sources contemporaines.
Évolution du nummus après la réforme
La série monétaire introduite par Dioclétien ne resta pas immuable. Au fil des années et des règnes successifs, la masse, la composition et la fonction du nummus évoluèrent. Dans les décennies qui suivirent la réforme, des réductions pondérales importantes eurent lieu : le grand bronze argenté perdit progressivement du poids et de l’importance dans le système monétaire.
Par la suite, sous les empereurs constantiniens et après, la terminologie monétaire elle-même se diversifia. Les numismates modernes utilisent des abréviations techniques telles que AE1, AE2, AE3 et AE4 pour classer les émissions de bronze selon leur taille, mais le terme nummus reste souvent employé pour renvoyer à ces monnaies romaines tardives dans leur ensemble.
Pourquoi le terme nummus mérite une attention numismatique
Le cas du nummus illustre la manière dont un terme peut traverser les époques en changeant de sens et d’usage. D’abord générique dans la Rome antique, il acquit une dimension plus technique avec la réforme de 294, désignant un module précis au sein d’un système monétaire réorganisé.
Pour les collectionneurs et les chercheurs, comprendre ces nuances est essentiel pour identifier correctement les pièces, replacer un exemplaire dans son contexte historique et en apprécier la valeur symbolique autant que matérielle. Cela rappelle aussi que la terminologie monétaire antique ne correspond pas toujours aux classifications modernes.
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