Dénominations grecques
Obole, diobole, tétrobole : identifier une dénomination grecque
Vous venez d’acheter une petite monnaie d’argent grecque. Le vendeur l’a décrite comme une « obole ». Elle pèse 1,40 g. Ce n’est pas une obole.
C’est l’approximation la plus répandue du marché : employer « obole » comme synonyme de « petite monnaie d’argent ». L’obole est une valeur précise, et il existe une douzaine de dénominations entre le hémitétartémorion et le décadrachme. Voici de quoi classer correctement vos pièces.
La règle de base : six oboles pour une drachme
Tout le système grec repose sur un rapport unique : 1 drachme = 6 oboles. Les multiples portent des noms transparents (didrachme, tétradrachme, décadrachme), les fractions se comptent en oboles et en quarts d’obole.
Deux unités reviennent constamment dans les textes anciens mais n’ont jamais été frappées : la mine (100 drachmes) et le talent (60 mines, soit 6 000 drachmes). Ce sont des unités de compte. Vous ne trouverez jamais un talent dans un plateau.
Les dénominations d’argent, étalon attique
Dénomination — Valeur — Poids théorique
- Hémitétartémorion — 1/8 d’obole — ≈ 0,09 g
- Tétartémorion — 1/4 d’obole — ≈ 0,18 g
- Hémiobole — 1/2 obole — ≈ 0,36 g
- Tritartémorion — 3/4 d’obole — ≈ 0,54 g
- Obole — 1 obole — ≈ 0,72 g
- Trihémiobole — 1 obole et demie — ≈ 1,08 g
- Diobole — 2 oboles — ≈ 1,43 g
- Triobole (= hémidrachme) — 3 oboles — ≈ 2,15 g
- Tétrobole — 4 oboles — ≈ 2,87 g
- Drachme — 6 oboles — ≈ 4,30 g
- Didrachme (statère) — 12 oboles — ≈ 8,60 g
- Tétradrachme — 24 oboles — ≈ 17,20 g
- Décadrachme — 60 oboles — ≈ 43,00 g
Le pentobole (5 oboles) existe, mais reste rare. Les divisions les plus fines — tétartémorion, hémitétartémorion — sont des flans de deux à trois millimètres, bien attestés à Athènes ; on les retrouve souvent en lots non identifiés, faute de pouvoir les lire.
Ces poids sont des normes théoriques. Les poids réels varient selon les ateliers, les périodes, l’usure et la corrosion.
Le piège : le nom dépend de l’étalon, pas du poids
Une même masse ne désigne pas la même dénomination d’une cité à l’autre. Chaque région applique son propre étalon métrologique.
Étalon — Drachme — Unité courante — Aire principale
- Attique (euboïque) — ≈ 4,30 g — tétradrachme ≈ 17,20 g — Athènes, Alexandre III, la plupart des royaumes hellénistiques
- Éginétique — ≈ 6,10 g — statère ≈ 12,20 g — Égine, Péloponnèse, Béotie, Crète
- Corinthien — ≈ 2,90 g — statère ≈ 8,60 g = 3 drachmes — Corinthe et ses colonies
- Perse (achéménide) — — — sicle ≈ 5,50 g (argent), darique ≈ 8,35 g (or) — Empire achéménide
- Phénicien — — — tétradrachme ≈ 14,20 g — Phénicie, royaume lagide
Notez l’anomalie corinthienne : le statère y vaut trois drachmes et non deux. Conséquence directe pour vous : une drachme de Corinthe (≈ 2,90 g) et un tétrobole attique (≈ 2,87 g) pèsent la même chose. Seule l’identification de l’atelier permet de trancher. C’est pourquoi on ne classe jamais une dénomination avant d’avoir identifié la cité émettrice.
Électrum et or : on compte en douzièmes
Les monnayages d’électrum ne suivent pas la logique de l’obole. Le statère se divise en hecté (1/6, ≈ 2,70 g pour Cyzique), puis en douzièmes, vingt-quatrièmes, quarante-huitièmes, jusqu’au 1/96 de statère pour les premières émissions d’Ionie et de Lydie — moins de deux dixièmes de gramme.
Pour l’or, retenez deux repères : la darique achéménide (≈ 8,35 g) et le statère d’or macédonien de Philippe II puis d’Alexandre (≈ 8,60 g, soit le poids du didrachme attique).
Le bronze : oubliez le poids
À partir du IVᵉ siècle av. J.-C., le bronze se généralise. Il est fiduciaire : sa valeur faciale dépasse sa valeur métallique. Le poids cesse donc d’indiquer la dénomination.
Le vocabulaire existe pourtant : le chalque, avec ses multiples et ses fractions (dichalque, hémichalque). Le rapport varie selon les cités — huit chalques pour une obole à Athènes selon Pollux, douze ailleurs.
Une exception précieuse : la Sicile, où la litra se divise en 12 onkiai et où la valeur est gravée sur le flan sous forme de globules. Un globule = une onkia, deux = hexas, trois = trias, quatre = tetras, cinq = pentonkion, six = hémilitron. C’est l’un des rares cas où la monnaie annonce elle-même sa valeur.
Partout ailleurs, les catalogues classent par module : Æ 15, Æ 22. Ce n’est pas une dénomination, c’est une convention descriptive. Ne la transformez pas en valeur antique.
Quatre étapes pour classer votre pièce
- Mesurer. Balance au centième de gramme, diamètre au pied à coulisse. Notez aussi l’orientation des coins et l’épaisseur du flan.
- Identifier l’atelier. Types, légende, style. C’est la cité qui détermine l’étalon, donc la grille de lecture.
- Rapporter le poids à cet étalon. Raisonnez toujours par excès : une monnaie usée, corrodée ou rognée pèse moins que sa norme. On ne descend pas d’une dénomination pour deux centigrammes manquants.
- Vérifier dans un ouvrage de référence. La dénomination retenue est celle du corpus de la cité, pas le résultat de votre division.
Trois erreurs fréquentes
- Appeler « obole » toute petite monnaie d’argent. C’est une valeur, pas un format.
- Comparer des poids sans comparer des étalons. Deux pièces de 2,9 g peuvent être deux dénominations différentes.
- Prêter aux noms une autorité qu’ils n’ont pas. Une partie de cette terminologie est une convention moderne, reconstituée à partir de sources antiques fragmentaires — Pollux au premier chef — et de l’observation métrologique des séries. Elle est commode et opératoire ; elle n’est pas toujours le mot qu’employait le trésorier de la cité.
Pour aller plus loin
- Pollux, Onomasticon, livre IX — source antique sur le vocabulaire des dénominations.
- B. V. Head, Historia Numorum. A Manual of Greek Numismatics, 2ᵉ éd., Oxford, Clarendon Press, 1911 — introduction métrologique et étalons régionaux.
- C. M. Kraay, Archaic and Classical Greek Coins, Londres, Methuen, 1976.
- J. H. Kroll, The Greek Coins (The Athenian Agora, XXVI), Princeton, 1993 — référence sur les divisions fines de l’argent athénien.
- H. Nicolet-Pierre, Numismatique grecque, Paris, Armand Colin, 2002.
- G. Le Rider, La naissance de la monnaie. Pratiques monétaires de l’Orient ancien, Paris, PUF, 2001.
- M. Amandry (dir.), Dictionnaire de numismatique, Paris, Larousse, 2001.
Retour au sommaire des outils numismatiques