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A/ Deux figures impériales debout, face à face, couronnées et drapées dans la chlamyde, tenant chacune un globe crucigère.
R/ Grand M au centre ; Φ à gauche ; ANNO à droite ; NIK B à l'exergue.
E sous le M
Ø 22 mm ;
2,91 g
Réf : Goodwin Class C2 ; EBCC 2148.17 — à rapprocher du type Sear 810 (Héraclius).
Fals de la période de transition entre l'autorité byzantine et le califat rashidun, classé parmi les émissions pseudo-byzantines et considéré par H. Pottier et al. (2008) comme pouvant constituer, selon les exemplaires, une émission de transition ou un essai monétaire accidentel issu des ateliers syriens en cours de réorganisation.
L'iconographie de l'avers reproduit fidèlement le type des deux empereurs debout caractéristique du règne d'Héraclius (610–641), qui associait à sa représentation celle de son fils Héraclius-Constantin dès 613. Ce schéma figural, chargé d'une forte dimension dynastique et chrétienne dans son contexte d'origine, est ici repris mécaniquement, vidé de sa signification confessionnelle : la légende fautive qui l'entoure, illisible et dépourvue de sens, trahit un graveur qui reproduisait des formes sans en maîtriser le contenu linguistique.
Au revers, le grand M hérité du système pondéral byzantin — où il désigne conventionnellement la valeur de 40 nummi — est maintenu tel quel, flanqué de la lettre Φ (initiale probable de l'atelier ou d'un officier), de la mention ANNO (abréviation latine de l'année de règne, vestige direct du formulaire byzantin) et de NIK B à l'exergue, dérivé de NIKO(MEDEIA) ou plus probablement de ΝΙΚΗ — la Victoire — formule d'atelier bien attestée dans les séries syriennes et palestiniennes de l'époque. L'ensemble compose un revers hybride, à la syntaxe monétaire encore entièrement byzantine, mais dont la production échappe désormais à toute autorité impériale.
Ce fals au grand M de classe C2 selon la classification Goodwin illustre avec une précision rare la période charnière des années 635–660, durant laquelle les ateliers syriens passés sous contrôle arabe continuèrent de frapper selon les modèles byzantins, faute de référents iconographiques propres à la nouvelle autorité. Ces émissions pseudo-byzantines, étudiées notamment par Goodwin (A Numismatic Journey through the Bible), Pottier, Broome et Schulze, représentent aujourd'hui un domaine de recherche actif, à la frontière de la numismatique byzantine tardive et du monnayage islamique primitif.
HÉRACLIUS (575 – 11/02/641 ; règne : 5/10/610 – 11/02/641)
Fils de l'exarque d'Afrique Héraclius l'Ancien, il s'empara du pouvoir en renversant le tyran Phocas en 610. Son règne fut l'un des plus dramatiques de l'histoire byzantine : après une quasi-anéantissement face aux Sassanides — qui occupèrent l'Égypte, la Syrie, la Palestine et l'Anatolie jusqu'en 622 — il conduisit une contre-offensive spectaculaire qui détruisit l'empire perse de Khosrô II (628). Épuisé par ces guerres titanesques, l'Empire ne put résister à l'irruption des armées arabes : la bataille du Yarmouk (636) scella la perte définitive de la Syrie, et la mort d'Héraclius en 641 laissa un Empire amputé de ses plus riches provinces orientales. C'est précisément dans ce contexte de délitement territorial que naquirent les émissions pseudo-byzantines dont ce fals constitue un témoignage exceptionnel.
Fiche technique