✦ Rare ✦
Follis frappé à Constantinople sous Constans II
A/ CЄN TwTO NIKA
Constans II debout de face, longue barbe et moustache, portant la couronne et la chlamyde, tenant une longue croix de la main droite et un globe crucigère de la main gauche.
R/ Anépigraphe
Grand M entre ANA (à gauche) et l'année de règne II/I (à droite) ; NЄOς au-dessus ; lettre d'atelier à l'exergue.
Ø 20/23 mm ;
4,38 g
Réf : SB 1003 ; MIB 165 (Constantinople)
Ce follis appartient aux premières émissions du règne de Constans II, caractérisées par l'inscription EN TVTO NIKA — translittération grecque du latin In hoc signo vinces, « Par ce signe tu vaincras » — devise légendaire attribuée à Constantin Iᵉʳ avant la bataille du pont Milvius en 312. En l'adoptant sur son monnayage dès ses premières années de règne, Constans II se place délibérément dans la lignée du fondateur chrétien de Constantinople, à un moment où l'Empire est sous la pression des conquêtes arabes qui ont déjà emporté la Syrie et la Palestine. La datation du revers — AN(NO) III (an 3 du règne = 643/644) — fait de ce follis l'un des témoins directs de cette période de crise aiguë : l'Égypte est sur le point d'être perdue (645), et la monnaie devient un vecteur de résistance symbolique autant qu'un instrument économique. Constans y apparaît non plus comme un enfant — il avait onze ans à son avènement en 641 — mais comme un souverain barbu, affirmant visuellement une maturité impériale précoce. Le terme NЄOς (« le Nouveau ») inscrit au revers est une épithète christique : le « Nouveau Constantin », restaurateur de la foi et de la victoire. L'atelier de Constantinople est identifié par la lettre d'exergue.
CONSTANS II (641–668)
Flavius Heraclius Augustus, connu sous le nom de Constans II, accéda au trône à l'âge de onze ans après l'élimination de son oncle Héraclonas. Son règne de vingt-sept ans fut dominé par la pression arabe : la Syrie, la Palestine et l'Égypte, perdues depuis Yarmouk (636), ne furent jamais récupérées, et les flottes arabes commencèrent à menacer la Méditerranée. Constans tenta de renforcer sa position en Occident en s'installant à Syracuse (663), première et dernière visite d'un basileus en Italie depuis des siècles — décision qui lui aliéna l'opinion constantinopolitaine. Sur le plan religieux, son Typos de 648 tenta d'imposer le silence sur la controverse monothélite, lui valant une rupture avec le pape Martin Iᵉʳ qu'il fit arrêter et exiler. Il fut assassiné dans son bain à Syracuse en juillet 668, vraisemblablement victime d'un complot de cour.
Fiche technique