Bronze (tétrachalque) frappé à Amisos (Pont) au temps de Mithridate VI Eupator (circa 85–65 av. J.-C.)
A/ Anépigraphe
Égide de face avec gorgoneion au centre.
R/ ΑΜΙΣΟΥ
Niké avançant à droite, tenant une branche de palme sur l'épaule gauche ; étoile et croissant en haut à droite ; monogramme en bas à droite.
Ø 20,5 mm ;
5,2 g
Réf. : SNG BM Black Sea 1177 var. ; SNG Stancomb 688–690 var. ; HGC 7, 242
Superbe exemplaire d'une frappe et d'une conservation exceptionnelles, avec une égide parfaitement rendue dans ses détails — écailles, gorgoneion central — et un revers au style vif et énergique. La patine, d'une belle profondeur et d'une homogénéité remarquable, confère à cette pièce un attrait particulier qui ne manquera pas de séduire tout amateur de bronze grec de qualité.
L'égide — le bouclier frangé de serpents et orné du visage pétrifiant de la Gorgone Méduse — est l'attribut d'Athéna par excellence. Son utilisation en type principal du droit d'une émission civique d'Amisos traduit le lien idéologique fort entre la cité pontique et le monde grec, que Mithridate VI cultivait avec soin dans sa propagande royale. Au revers, Niké avançant avec la palme sur l'épaule célèbre les victoires militaires du roi — ce type est précisément daté des années 85–65, soit la période des guerres mithridatiques contre Rome. L'étoile et le croissant qui flanquent la déesse ne sont pas de simples ornements : ce sont les symboles dynastiques du royaume du Pont, présents sur la quasi-totalité des émissions royales et évoquant à la fois la lumière céleste protectrice et les origines perses de la lignée des Mithridatides. Les monogrammes de contrôle au revers, dont la composition varie selon les émissions, permettent aux numismates de distinguer les sous-séries au sein du vaste corpus de SNG BM Black Sea.
MITHRIDATE VI EUPATOR (vers 120 – 63 av. J.-C.)
Mithridate VI Eupator, dit le Grand, fut le dernier et le plus redoutable adversaire du monde grec face à la puissance romaine en Orient. Roi du Pont de 120 à 63 av. J.-C., il agrandit son royaume jusqu'à la mer Noire, l'Arménie et une grande partie de l'Asie Mineure. Il mena trois guerres contre Rome — les guerres mithridatiques — qui mobilisèrent successivement Sylla, Lucullus et Pompée. En 88 av. J.-C., il ordonna le massacre de quelque 80 000 ressortissants italiens en Asie Mineure en une seule journée. Passionné de sciences et de toxicologie, il aurait développé une immunité aux poisons en s'y habituant progressivement — le légendaire mithridatium, antidote universel qui porta son nom jusqu'à la Renaissance. Trahi par son propre fils Pharnace, il tenta vainement de s'empoisonner, sans succès du fait de son immunité acquise, et se fit finalement tuer par un soldat gaulois de sa garde. Sa capitale Sinope et sa cité-comptoir Amisos furent les principaux ateliers de son monnayage.
Fiche technique