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A/ Saint militaire nimbé, debout de face, tenant une lance dans la main droite et posant la main gauche sur un bouclier. À droite, sigles en colonne dont la lecture demeure incertaine (O — P — C ou E ?). L'identification du saint — Georges ou Théodore — reste ouverte en l'absence de sigles clairement lisibles ; la gravure, fruste, ne permet pas de trancher.
R/ Inscription sur trois lignes :
ΑΠΕΛ
ΓΑΡΙ
ΠΗΣ
Soit Ἀπελγαρίπης, nom seul, sans dignité ni fonction.
Ø 17,3 mm ;
4,7 g
Sceau de facture fruste, gravé par un atelier de second ordre, mais dont l'intérêt prosopographique est considérable.
Le nom Ἀπελγαρίπης — variante de Ἀπνελγαρίπης selon les boulotèria — est l'hellénisation de l'arabe Abūʿl-Gharīb (arménien Aplłarib). Il désigne le prince arménien Abuʿl-Gharīb Arcruni, fils de Hasan, issu de la maison princière Arcruni du Vaspurakan, étroitement liée à celle du roi Sénékérim-Yovhannēs. L'ancrage byzantin de la famille est antérieur d'une génération au sigillant : après la cession du Vaspurakan par Sénékérim-Yovhannēs en 1021, le grand-père d'Abuʿl-Gharīb, Xačʿik, prince de Tʿornavan, était déjà vassal des empereurs, et son père Hasan servit sous Michel V. Abuʿl-Gharīb lui-même gagna Constantinople et embrassa le chalcédonisme, vraisemblablement sous Constantin IX Monomaque. Toute sa carrière se déroula ensuite au service de l'Empire (Der Nersessian, « The Kingdom of Cilician Armenia », dans Setton (dir.), A History of the Crusades, t. II, 1969, p. 630-659).
Le cursus sigillographique d'Apelgaripès, rassemblé et analysé par J.-Cl. Cheynet (« Le rôle des Arméniens de la frontière orientale (1059-1081) », p. 152-156), comprend cinq types de sceaux documentant une ascension régulière dans la hiérarchie aulique. Les premiers types le montrent magistre, dignité qu'il détenait au début des années 1070 selon Cheynet. Un type à saint Théodore le qualifie de magistre et stratège de Tarse, avec une invocation à la Théotokos mentionnant le patronyme τῷ Χασανίῳ. Au sommet du cursus, trois exemplaires inédits passés en vente publique (Themis Numismatics 7, 2020 ; Zeus Numismatics 10, 2020 ; Naumann 64, 2018) portent le titre de proèdre et stratège de Tarse et de Σουλουντε — rang aulique supérieur au magistrat. Le type le mieux représenté du corpus, documenté notamment par Zacos II 362, présente au droit saint Georges en pied et au revers la dignité de magistre seule, sans fonction (Zacos, Byzantine Lead Seals, II, éd. Nesbitt, Berne, 1984, n° 362 ; Cheynet, Morrisson, Seibt, Les sceaux byzantins de la collection Henri Seyrig, Paris, 1991, n° 40).
Les sources narratives confirment cette trajectoire. Michel VII Doukas (1071-1078) confia à Apelgaripès le gouvernement de Tarse, où il est encore attesté en 1079. Il détenait en outre les grandes forteresses de Cilicie occidentale, Lampron et Babaṛon (Paperōn), qu'il céda ensuite à son général Ōšin, fondateur de la lignée héthoumide. Vardan Arewelcʿi lui attribue également le contrôle de Mopsuèste (Missis) et d'Adana. Sa mort est communément placée en 1080, à Paperōn (Der Nersessian, loc. cit.).
Apelgaripès constitue un nœud généalogique majeur de la Cilicie arménienne : l'une de ses filles épousa David, fils de Gagik II, dernier roi bagratide d'Ani ; une autre épousa Ōšin de Lampron, dont descendent les Héthoumides, souverains du royaume arménien de Cilicie aux XIIIe-XIVe siècles.
Le présent sceau se distingue de l'ensemble du corpus publié par une particularité remarquable : l'absence totale de dignité. Le revers ne porte que le nom Ἀπελγαρίπης, réparti sur trois lignes, sans aucune mention de titre ni de fonction. Consulté sur cette singularité, J.-Cl. Cheynet écarte l'hypothèse d'un sceau de début de carrière — même à ses débuts, un personnage de ce rang aurait joui d'une dignité — et privilégie celle d'un boulotèrion gravé en urgence, localement, avec la légende la plus brève possible : le nom seul, immédiatement reconnaissable, suffisait à l'identification du sigillant. La facture fruste de la pièce et ses dimensions réduites corroborent cette interprétation.
La pièce est dite provenir des environs d'Uluabat (ancienne Lopadion), en Bithynie. Si cette provenance est fiable, elle situerait le scellage loin de la zone d'activité principale d'Apelgaripès en Cilicie, et pourrait documenter un déplacement dans le nord-ouest de l'Asie Mineure, peut-être à l'occasion d'un passage vers Constantinople.
Ce sceau constitue ainsi un type inédit dans le corpus d'Apelgaripès, distinct de tous les boulotèria publiés par Cheynet, et un témoignage rare de la pratique sigillaire de circonstance dans l'Empire du XIe siècle.
Fiche technique