A/ +ЄMMA NOVHΛ
Buste du Christ de face, portant un nimbe cruciforme, vêtu du pallium et du colobium, levant la main droite en geste de bénédiction et tenant le livre des Évangiles de la main gauche ; dans le champ à gauche IC, à droite XC.
R/ Kω NRΛC IΛЄVCOΔ(OVK)
Buste de Constantin X de face, barbu, portant la couronne et le loros, tenant une croix de la main droite et un anexikakia de la main gauche.
Ø 26 mm ;
8,22 g
Réf : Sear 1854 – Sommer 52.7
Superbe exemplaire pour ce type dur a trouver ! plus jolie en main !
Ce follis de Constantin X Doukas, distinct du type précédent par sa composition strictement monobusted au revers, offre l'un des programmes iconographiques les plus aboutis de la numismatique byzantine du XIe siècle. Droit et revers y fonctionnent comme deux faces d'un même discours théologique et politique, celui d'un empire où le pouvoir terrestre se définit entièrement par rapport au pouvoir céleste.
Au droit, la légende +ЄMMA NOVHΛ — translittération de l'hébreu 'Immanu'el, « Dieu est avec nous », tirée d'Isaïe VII, 14 et associée à l'Incarnation dans la tradition chrétienne — encadre un buste du Christ Pantocrator. La main droite levée en bénédiction selon le rite grec (doigts formant les initiales IC XC) et le livre des Évangiles tenu de la gauche composent l'iconographie canonique du Christ en majesté, telle qu'elle apparaît simultanément dans les mosaïques absidales et les enluminures de la même époque. Les sigles IC – XC dans le champ, abréviation de ΙΗΣΟΥΣ ΧΡΙΣΤΟΣ, identifient la figure sans équivoque et rattachent la pièce à une tradition aniconique héritée des siècles de querelle iconoclaste.
Au revers, Constantin X est représenté en buste impérial de cérémonie. Le loros — long baudrier orné de pierreries, héritage lointain du triomphateur romain — est l'attribut par excellence de l'empereur byzantin dans ses représentations officielles. La croix tenue de la main droite affirme la nature chrétienne du pouvoir ; l'anexikakia, sac à parchemins ou globe lisse selon les interprétations, symbole de sagesse et de clémence, tenu de la main gauche, complète un schéma iconographique codifié depuis plusieurs siècles. La légende Kω NRΛC IΛЄVCOΔ(OVK) abrège KωNΣTANTINOΣ BAΣIΛЄVΣ o ΔOVKAΣ, soit « Constantin Doukas, Basileus » : la titulature dynastique est pleinement assumée sur ce type, contrairement à certaines émissions antérieures qui ne mentionnaient que le prénom.
Frappé à l'atelier de Constantinople, seul officine active pour ce type selon Sommer (52.7), ce follis appartient à une série cohérente et bien documentée, appréciée des collectionneurs pour la netteté de ses représentations et la lisibilité de ses légendes.
CONSTANTIN X DOUKAS (23/11/1059 – 23/05/1067)
Issu d'une grande famille aristocratique de Paphlagonie, Constantin Doukas succéda à Isaac Ier Comnène, qui abdiqua en sa faveur. Son règne est dominé par une politique délibérément favorable à l'aristocratie civile et à l'Église, au détriment de l'armée dont il réduisit massivement les effectifs et les ressources. Cette orientation, contestée de son vivant, fut lourde de conséquences : les Normands achevèrent la conquête de l'Italie du Sud byzantine, les Petchénègues ravagèrent les Balkans, et les Turcs Seldjoukides commencèrent leurs incursions profondes en Anatolie. Il épousa Eudocia Macrembolitissa, nièce du patriarche Michel Cérulaire, femme d'une intelligence et d'une énergie exceptionnelles. À la mort de Constantin en 1067, elle assura la régence pour leurs fils, avant d'épouser Romain IV Diogène — union qui allait conduire à la désastreuse défaite de Mantzikert en 1071, tournant décisif de l'histoire byzantine.
Fiche technique