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Bronze frappé à Pergame (Mysie), vers 200-133 av. J.-C.
A/ Anépigraphe.
Tête casquée d'Athéna à droite.
R/ ΑΘΗΝΑΣ ΝΙΚΗΦΟΡΟΥ
Trophée formé d'un casque et d'une cuirasse.
Ø 20 mm ;
8 g
Réf : SNG BN Paris 1875 ; Voegtli, FvP 28, 174 ; SNG Tübingen 2426
Ce bronze illustre de manière particulièrement directe la théologie dynastique des Attalides : Athéna Niképhoros, « la Porteuse de Victoire », est à la fois la divinité poliade de Pergame et le pivot idéologique autour duquel les rois attalides ont construit leur légitimité. Le droit reproduit le visage casqué de la déesse — identique à celui que l'on retrouve sur les cistophores et les grands bronzes royaux — tandis que le revers réduit le message à l'essentiel : un tropaion nu, formé d'un casque posé sur une cuirasse, emblème de la victoire militaire dépouillée de tout récit narratif. L'inscription ΑΘΗΝΑΣ ΝΙΚΗΦΟΡΟΥ, au génitif, place l'objet sous la possession explicite de la déesse : c'est son trophée, comme c'est sa victoire.
Le sanctuaire d'Athéna Niképhoros couronnait l'acropole de Pergame ; la bibliothèque royale — seconde seulement à celle d'Alexandrie — en dépendait. Attalos Ier Sôter (241-197 av. J.-C.) avait bâti sa renommée sur les victoires contre les Galates, dont les dépouilles ornaient précisément ce sanctuaire sous forme de dédicaces votives et de groupes sculptés. Son fils Eumène II (197-159 av. J.-C.) fit élever le grand autel de Zeus, dont la gigantomachie en frise haute exprime, entre autres, la victoire de la civilisation grecque sur la barbarie — avec Athéna en figure centrale. Dans ce contexte, un bronze au tropaion d'Athéna Niképhoros n'est pas seulement une monnaie utilitaire : c'est un document de propagande lapidaire, rappelant à chaque transaction la vocation victorieuse de la cité et de ses rois. Type bien caractéristique de la production pergaménienne de la seconde moitié du IIe siècle avant notre ère, dans les années qui précèdent le legs d'Attale III à Rome.
PERGAME (Mysia) (royaume attalide, 282-133 av. J.-C.)
Fondée sur un éperon rocheux dominant la plaine du Caïque, dans l'actuelle Turquie (Bergama, province d'Izmir), Pergame fut la capitale d'un des grands royaumes hellénistiques. La dynastie attalide, issue du lieutenant Philétairos (282-263 av. J.-C.), s'imposa peu à peu face aux Séleucides, puis aux Galates. Attalos Ier Sôter remporta sur ces derniers une victoire décisive vers 241 av. J.-C., fondant la légitimité royale sur la protection de la civilisation grecque. Sous Eumène II (197-159 av. J.-C.) et Attale II (159-138 av. J.-C.), le royaume atteignit son apogée territorial et culturel : bibliothèque de 200 000 volumes, grand autel de Zeus, école de sculpture au rayonnement panhellenique. En 133 av. J.-C., le dernier roi, Attale III, légua son royaume à Rome par testament ; la cité devint la métropole de la province romaine d'Asie. Athéna Niképhoros y demeura divinité tutélaire, et son sanctuaire continua d'être vénéré bien après la fin de la royauté.
Fiche technique